Nihao à tous,

Après une nuit désagréable, je fuis mon auberge de jeunesse humide pour aller à la rencontre de l'histoire et du passé maritime de Quanzhou. Car en fait, c'est pour cela que je suis venue dans cette ville, un peu boudée par les guides touristiques.

L'avantage de Quanzhou, c'est que tous les centres d'intérêt et/ou historiques peuvent être rejoints à pied, se trouvant dans un périmètre assez réduit de la Vieille Ville. Donc, direction Musée de la Marine en musardant dans les ruelles pittoresques où j'aime pousser les portes pour entrer dans des recoins cachés.

 

 

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Et découvrir d'anciens puits dans les cours, ou la petite pagode de Dingxin bouffée par les herbes folles, cachée derrière des portes closes.

 

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Ce petit écolier, dans son uniforme scolaire, m'accompagnera un moment, étonnée que j'entre partout et que je prenne des photos de lieux si banals pour lui.

 

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L'avantage d'être la seule étrangère (je n'en ai pas croisé d'autre pendant mon séjour dans cette ville), c'est que tout le monde vous reconnaît et vous salue ou vous parle, lorsque vous passez devant chez les gens pour la 2ème fois. Comme ici devant le magasin de crèpes fines où je passe tous les jours.

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Où l'on me me hèle avec de grands "hellos".

Ou les conducteurs de cyclo-pousses qui sillonnent cette cité où les 2 roues sont rois et qui aimeraient bien que je les fasse travailler.

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Bon, revenons à nos moutons, mes pas m'amènent devant le Musée de la Marine et, sur plusieurs étages, je suivrai les périples de Zheng He, le grand amiral chinois qui sillonna les mers, et des habitants de Quanzhou et du Fujian qui essaimèrent le monde.

 

Autrefois Quanzhou était le port le plus important de Chine. Son nom était Zeiton (en arabe), ce qui donna ensuite le nom "satin" au tissu qui en était originaire. Il était spécialisé dans le commerce des soieries et brocarts.

Marco Polo, qui y séjourna vers 1300, dans le récit fabuleux de ses voyages en Chine, l'avait baptisé l'Alexandrie de l'Orient.

Mais revenons à Zheng He.

 

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En 1405, les Chinois préparent une immense expédition maritime vers l’océan Indien. Les Européens ne dominent pas encore l’océan Indien. Vasco de Gama n’a pas encore atteint Calicut, en Inde. Il lui faudra attendre 1498.

L’amiral chinois Zheng He (1371 – 1433 ap. J.-C) mènera son armada commercer jusqu’à Zanzibar. Cet eunuque, musulman, est au service de l’empereur Yongle (1402- 1424), de la dynastie Ming.

Entre 1405 et 1433, il mènera 7 expéditions. Il passera par presque tous les grands ports des pays du pourtour de l’océan Indien. Sa flotte s’arrête d’abord à Java puis à Sumatra, pour ensuite accoster à Calicut. Il poursuit par la Perse, pousse en Arabie jusqu'à Djedda, après une étape à La Mecque. Enfin il redescend vers l’Afrique orientale. 

Certains prétendent qu'il découvrit le premier l'Amérique !

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La flotte de la première expédition comptait 317 vaisseaux, dont 62 “bateaux trésors”, d’énormes vaisseaux de 110 à 130 mètres de long et de 50 mètres de large qui pouvaient transporter jusqu’à 500 passagers.

En comparaison, les caravelles de Christophe Colomb de 1492 ne dépasseront pas les 25 mètres de long. Autre exemple, l’Invincible Armada espagnole de 1588 ne comptait “que” 132 navires.

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En 1405, les chinois ont encore une très large avance technique sur les européens. Ils utilisent la poudre, le papier et l’imprimerie qu'ils ont inventé. C’est le pays le plus peuplé au monde, qui connait la lettre de change, le crédit. Ils exportent de la porcelaine, de la soie et du thé dont les occidentaux ne connaissent pas les secrets de fabrication, du lin, du cuivre, etc.

Il ne s’agissait pas ici de chercher de nouvelles voies pour commercer, ni d'explorer de nouvelles terres. Les routes maritimes empruntées par la flotte de Zheng He sont connues et fréquentées par les marchands arabes depuis le 7ème siècle.

L’empereur Yongle souhaitait avant tout mener une politique de prestige pour étendre le rayonnement de la Chine, asseoir son pouvoir et celui de la jeune dynastie Ming. 

Ainsi, une girafe fut ramenée d'Afrique en Chine dès 1414 et donna naissance à l'animal mythique du qilin.

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Bref, ces expéditions n’avaient pas pour but de diffuser une religion, ni de faire de nouvelles conquêtes, ni de coloniser de nouvelles terres et de trouver des esclaves. Nous autres occidentaux aurions dû en prendre exemple !

La dynastie Ming au pouvoir en Chine met fin à ces voyages en 1433, avec la mort de Zheng He. Les armées mongoles et mandchoues, au nord, menacent. Ces expéditions sont onéreuses. La poursuite de la construction de la Grande Muraille devient la priorité. Les Ming privilégient alors une politique isolationniste.

Ces voyages n’eurent jamais de suite. La construction de navire fut interdite. En 1525, un édit impérial décide la destruction des bâtiments existants. Pire encore pour l’Histoire, le vice-ministre de la Guerre fit détruire vers 1479 tous les documents se rapportant à ces expéditions. Le commerce de la Chine avec l’extérieur fut interrompu jusqu’en 1567.

Il faut attendre 1848 pour que le premier navire chinois, le Keying, franchisse le cap de Bonne-Espérance, pour rejoindre Londres.

 

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Arrivée du Keying à Londres en 1848.

Au Musée on peut voir l'épave d'un bateau qui date de la dynastie des Song (960-1206) repêchée en 1974.

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Et de très émouvantes traces de 8 millions d'habitants de Fujian qui émigrèrent partout dans le monde. 

L'après-midi sera consacrée à la visite du Temple Kaiyuan et je vous narrerai ça dans mon prochain article.

Zaijian.